La genèse :
Véritable marathon, le rallye Paris-Dakar est créé par Thierry Sabine en 1978. L'idée : un rallye-raid pharaonique au départ de Paris pour traverser toute l'Afrique avec un finish à Dakar.
Initialement ouverte aux autos, motos & camions, la première édition aligne 170 participants au Trocadéro (Paris) le 26 décembre 1978. Dans la catégorie "moto", c'est le jeune Cyril Neveu qui décrochera le trophée au guidon d'une "simple" Yamaha XT 500.
L'engouement populaire pour cet évènement hors du commun augmente rapidement : lors du millésime 1980, ce ne sont pas moins de 216 équipages qui se présentent au départ. Ils seront 291 pour l'édition 1981 !
Au cours de cette décennie, l'esprit extrême du Paris-Dakar va pousser nombre de célébrités (en manque de sensations fortes ou de notoriété !) à s'y engager : Claude Brasseur, Caroline de Monaco, Michel Sardou, Evelyne Dhéliat... En général, ces "people" n'avaient aucune notion de pilotage et étaient propulsés dans le rôle de copilote + ou - potiche. Au moins ont-ils pu dire : "je l'ai fait !" après s'être offert leur safari bling-bling.
Les pionniers :
Au début des années 80, le rallye-raid Paris-Dakar est à son apogée : extrêmement populaire, cette migration annuelle d'aventuriers de tous poils traverse la France depuis la capitale vers le Sud pour débarquer sur les côtes africaines.
C'est encore l'époque des "fous du volant avec leur drôles de machines" ! Une aventure abordable pour tout un chacun, des types qui se jettent corps & âme dans la course avec des véhicules de série à peine préparés, sans ou avec peu d'assistance. Le paris-Dakar c'était bien plus qu'une aventure, c'était une odyssée... que dis-je, c'était une épopée !
En plein hiver, la foule se massait sur le trajet de ces pionniers ordinaires motorisés, héros de l'instant, pour les acclamer & les encourager. Pas de barnum, pas de caravane ni d'étape avec animations & distributions de stylos ou de porte-clés : les mecs traçaient leur route.
Pour les motards c'étaient la morsure du froid qu'ils prenaient en pleine gueule : on en voyait même certains qui avaient revêtu une simple bâche plastique en guise de poncho & pour éviter de se transformer en Mr Freeze !
Une année, le cortège a même traversé ma petite ville (Cahors). Alors gamin et fan de moto, ces cavaliers de l'apocalypse me fascinaient : traversant la France brumeuse & hivernale pour affronter, dans quelques jours, la brûlure du Ténéré.
Pour ces héros de la première heure, le Dakar était leur chemin de Compostelle, leur Graal : un pèlerinage en solitaire face à l'Inconnu, un défi aux éléments & une grande épreuve d'humilité !
1986 : le drame
Plusieurs accidents mortels ont malheureusement entaché l'aventure, que ce soit au niveau des concurrents, des organisateurs ou des spectateurs. Le drame le plus emblématique étant, en 1986, la mort de Thierry Sabine et de Daniel Balavoine lors d'un crash d'hélicoptère. Trois autres personnes ont aussi été emportées dans cette catastrophe : le pilote François-Xavier Bagnoud, le technicien radio Jean-Paul Le Fur ainsi que la journaliste Nathalie Odent.
1988 & après : le grand Barnum !
A la fin des 80', exit l'aventure pure & l'esprit pionnier. En 1988, notoriété oblige, on est plus sur le modèle Disneyland que dans Voyage en terre inconnue. Le Paris-Dakar se professionnalise : ainsi, plus de 600 équipages sont au départ cette année là ! En y ajoutant la logistique, les sponsors & les médias, chaque bivouac se transforme en une véritable cité de plusieurs milliers d'âmes.
Années 90 & 2000 : la fin d'un mythe
Comme elle est déjà loin l'époque des vrais aventuriers, l'époque des Cyril Neveu sur son XT & Hubert Auriol sur sa BM ! Il est perdu le temps où Mr Toutlemonde pouvait tenter sa chance avec sa machine de série bricolée.
Le rallye-raid est définitivement devenu une machine à gaz, une grosse opération commerciale, une vitrine pour les constructeurs et les sponsors : un challenge bien huilé où les moyens & les écuries comptent bien plus que le talent d'un pilote face aux éléments. Il n'y a plus de surprise, plus de héros, plus de légende.
Outrage suprême : l'itinéraire, l'esprit et le nom même du Paris-Dakar, seront dévoyés au fil des éditions. Ainsi, on commencera par un timide "Paris-Alger-Dakar" puis un simple "Dakar" avant de passer en roue libre avec des "Paris-Le Cap", "Paris-Dakar-Paris", "Dakar-Le Caire" ou "Arras-Madrid-Dakar" !
Toutefois, force est de reconnaître, qu'à partir des années 2000, les conditions géo-politiques & les actes de terrorisme en Afrique (Lybie, Mauritanie...) ont forcé la main des organisateurs. A tel point que, pour l'édition 2009, le Dakar n'est plus : départ & arrivée à Buenos Aires via un parcours entre le Chili et l'Argentine !
De nos jours
Le Paris-Dakar originel est irrémédiablement mort : au fil des ans, des déconvenues et des intérêts mercantiles, il a fini par perdre son âme qui avait fait son succès. La désaffection croissante des médias illustre cette déchéance : France Télévisions jette quasiment l'éponge en 2024 pour laisser la patate chaude à la chaîne TNT "L'équipe". Le Dakar s'invisibilise aux yeux du grand public, il devient un non-évènement, un sport mécanique de niche.
Finalement, l'idée audacieuse d'un rallye-raid âpre, accessible et populaire, n'aura pas survécu à son fondateur Thierry Sabine. Ses piètres successeurs ont fini par enterrer le Dakar : comme souvent, les héritiers d'une légende n'ont d'autre talent que celui de la dépecer, de la détruire irrémédiablement.